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13/12/2018 News

«Total ne fore pas dans des récifs coralliens », entretien avec deux scientifiques qui ont caractérisé la nature des fonds marins

Total E&P Guyane Française s’apprête à démarrer sa campagne de forage d’exploration. Ces opérations ont été critiquées par certaines associations, qui s’inquiètent de leur incidence sur la biodiversité marine. En réponse, le Groupe s’est engagé à mener sa campagne en toute transparence. En complément, deux scientifiques qui ont aidé à caractériser les fonds marins font part de leur analyse.

 

Un entretien avec 

Eric Dutrieux, Directeur Général délégué à l’international de Créocéan, responsable de l’étude environnementale menée pour le compte de Total.
Philippe Bouchet, Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, expert scientifique associé aux études environnementales en 2017

 

Dans quel contexte avez-vous mené l’étude d’impact ?

Eric Dutrieux / En France, pour mener un forage de cette nature, il est nécessaire de satisfaire aux exigences réglementaires liées à la gestion et à la protection de l’environnement. Le but d’une étude d’impact est d’évaluer quels pourraient être les dommages éventuels causés à l’environnement par un projet puis de proposer des mesures pour les supprimer, les réduire ou les compenser. Nous avons mené cette étude en 2017 pour caractériser l’environnement dans lequel Total projetait de forer. Ses conclusions ont été publiquement versées au dossier.
Philippe Bouchet / Le Muséum disposait déjà d’une connaissance de première main de la zone, issue d’études menées en 2014 dans le cadre du programme d'expéditions « La Planète Revisitée ». Nous associer à cette nouvelle initiative en 2017 nous a permis de compléter notre connaissance et d’échantillonner de nouveau ces fonds marins.

Qu’est-ce qui caractérise les côtes guyanaises ? 

Eric Dutrieux / Pour caractériser les choses simplement, la Guyane est un grand plateau qui depuis la mer descend en pente douce pendant environ 120 km, avec un dénivelé d’une centaine de mètres. Puis survient une cassure abrupte, qui nous mène jusqu’à 2000 mètres de fond. On a donc vu deux écosystèmes différents. A la cassure du plateau continental, à une profondeur d’une centaine de mètres, il y a une zone rocheuse. C’est un affleurement de roches, autrement dit un récif, mais on ne peut pas le qualifier de corallien, dans cette zone peu lumineuse. Plus loin, à 30 km de là environ, est situé l’endroit où Total projette de forer, par 2000 mètres de fond : on est dans une zone de substrat meuble, de fonds vaseux et de sable. 
Philippe Bouchet / En qualité de scientifique je peux dire deux choses au sujet de ce "récif" à la rupture du plateau continental : il ne s’agit pas d’une "découverte", puisqu’il avait déjà été identifié dès 2014 ; et il ne s’agit pas non plus d’un récif corallien : on n’y trouve pas de coraux « constructeurs ». Cela ne veut pas dire qu’il est dénué d’intérêt. A l’échelle de la Guyane, c’est même l'écosystème le plus original. Mais l’appeler « récif corallien » est au minimum une maladresse - qui est peut-être volontaire. Parce que cette expression, dans l’imaginaire collectif, renvoie à des écosystèmes menacés. 

Peut-on affirmer que le forage est un risque pour l’écosystème situé à 30km de là ?

Eric Dutrieux / En conditions normales, l’impact de l’emprise du forage sur le récif est nul. On a bien démontré que le forage et le récif étaient distants de 30km. On peut affirmer que sauf « blow out », il n’y a aucun risque pour le récif. Ce qui fonde la crainte des opposants à ce forage, c’est l’hypothèse d’un accident. C’est une des objections formulée par Greenpeace, que l’on peut entendre. Mais la probabilité d’un accident est très faible et les conséquences négatives pour l’écosystème en cas d’accident peu probables. 
Philippe Bouchet / Comme scientifique, je me borne à caractériser et classer les espèces, je ne suis pas fondé à dire si les entreprises pétrolières sont capables de mener correctement leurs activités, c’est leur responsabilité. Comme citoyen, avec une distance de 30km entre le bord du plateau continental et le lieu du forage, ce projet ne m’émeut pas.